L'ennui porte conseil – Gilbert Cesbron


Vous vous ravitaillez à coups de café, vos pauses cigarette et repas se prolongent, vos coups de fil privés se multiplient, vous naviguez sur le Web plusieurs heures par jour, vous consultez vos courriels personnels à maintes reprises, vous espérez qu'un collègue se pointe à votre bureau pour piquer une jasette... Si l'ennui berce vos journées au bureau, attention, danger.

Se tourner les pouces au bureau peut sembler agréable pour les individus qui croulent sous le travail mais la réalité est tout autre et peut avoir des conséquences néfastes sur la santé et l'estime personnelle. S'ennuyer au travail, être privé de défi et de stimulation intellectuelle, avoir le sentiment que son travail perd de son sens, se sentir inutile, autant de dispositions négatives qui font vivre une réelle souffrance aux travailleurs victimes de cette nouvelle forme de stress. Les symptômes associés à l'épuisement par l'ennui sont similaires à ceux reliés à une surcharge de travail, à des responsabilités importantes et nombreuses. Tout comme le burn-out, le bore-out engendre une grande fatigue et un état d'anxiété qu'on aurait tort de banaliser.


L’ennui ne se caractérise pas uniquement par l'inactivité. Il est également lié à un manque de motivation qui peut avoir plusieurs causes : le caractère répétitif d'une tâche, son absence d’intérêt, des collègues ambitieux qui accaparent le travail, un gestionnaire qui ne sait pas déléguer ou répartir convenablement les tâches ou encore qui confie délibérément des missions ingrates pour pousser une personne à la démission, sans laisser de trace.


De coûteuses pertes de temps

Comme on a tous des factures à payer, on ne souhaite pas nécessairement crier sur tous les toits que le travail manque cruellement. D'abord, pour préserver notre image car si la suractivité est bien vue, l'inverse renvoie à la flemmardise, ce qui est tout sauf attirant. Et d'autre part, qui sait si notre appel au secours ne se solderait pas en l'attribution de tâches encore plus pénibles que celles dont on a la charge présentement. On dit souvent qu'entre deux maux, il faut choisir celui que l'on connaît déjà. Ce qui fait que les victimes de bore-out rivalisent d'ingéniosité pour trouver des moyens de meubler leur temps : travaux personnels ou académiques, clavardage, consultation répétée d'Internet, appels personnels... Sans compter que certaines personnes composent tellement mal avec l'ennui qu'elles peuvent se montrer de plus en plus odieuses au fur et à mesure que la pile de dossiers sur le coin de leur bureau s'amincit ou se fait rare. Qui plus est, ce sous-investissement dans le travail est susceptible de provoquer des erreurs professionnelles.


Nul besoin d'être un fin analyste pour comprendre que l'ennui au travail crée une relation perdant/perdant. L'employé qui ne fait que survivre dans son milieu de travail se désagrège peu à peu et n'apporte plus d'eau au moulin. De son côté, son employeur perd d'importants profits dû aux trop grandes périodes de temps que passe son employé à se tourner les pouces, ces heures non productives, difficiles à chiffrer mais non moins excessivement coûteuses.


Il faudrait peut-être demander à ceux qui s'ennuient de faire aller leurs méninges pour trouver des solutions originales à ce problème d'ennui au travail. Ils auraient enfin un projet enivrant sur lequel il pourrait plancher et qui les aiderait à sortir de leur torpeur.