« J'ai en ma possession un ordinateur que je n'utilise presque pas, un téléphone fixe, un appareil photo analogique, une bibliothèque pleine à craquer de bouquins, journaux et magazines que je peux lire confortablement calé dans un fauteuil et une discothèque encore remplie de vieux 33 tours et de cassettes. Je n'ai pas de page Facebook, Twitter ou autre truc de ce genre, je paie mes factures au guichet automatique de ma banque, je fais mon magasinage dans des boutiques qui ont pignon sur rue et je me rends dans une salle de cinéma pour visionner les derniers films à l'affiche. Je n'ai pas de lecteur DVD ni Blu-Ray, de GPS, de Blackberry, de tablette iPad, de liseuse électronique. J'ai un téléviseur qui ne paie pas de mine mais qui fait bien son boulot. J'écris la plupart du temps sur du bon vieux papier à l'aide de bons vieux stylos.


En fait, je n'ai pas du tout envie d'être soumis au diktat de la technique, de me sentir envahi, contrôlé, bouffé tout rond par les nouveaux modes de communication, d'être traité plus ou moins subtilement de techno twit si je ne maîtrise pas telle ou telle autre application ou si je n'ai pas mis le grappin sur le dernier gadget inventé. Je n'aime pas non plus être obligé de vivre à cent à l'heure et l'idée d'être relié sans répit au reste de la planète ne m'enchante guère. Et puis, je dois bien l'admettre, ce n'est pas non plus ma tasse de thé. Toutes ces touches, ces sonneries, ces fenêtres, ces images, ces mots de passe, ces applis me donnent carrément le tournis. »


Si vous croyez que ces révélations proviennent d'un individu qui ne se souvient plus de l'endroit où il a garé sa soucoupe, détrompez-vous. Les réfractaires à l'informatique, à Internet, aux nouveaux médias sont plus nombreux qu'on le croit, tout autant que les raisons qui motivent leur non-usage de la technologie moderne : manque d'intérêt, questionnement sur son utilité, manque de formation, apparente complexité, refus d'adaptation et d'ajustement à de nouvelles habitudes de vie, résistance aux changements techniques et à l'innovation, appréhension face à l'appauvrissement de la qualité de l'information et à la dévalorisation du raisonnement et de la réflexion, attachement à d'autres médias, crainte d'assister à la détérioration des liens sociaux, inquiétudes quant à l'avenir de l'art et de la culture. Si certains non-usagers des TIC sont peu enclins à dévoiler leur absence de penchant pour quelque chose qui semble faire l'unanimité et redoutent d'être perçus comme d'étranges espèces perdues dans le temps et l'espace, d'autres à l'opposé n'hésitent pas à afficher fièrement leurs couleurs, tout heureux de se différencier du troupeau.


Et vous, est-ce que le téléphone à roulettes, la machine à écrire, l'attente d'une lettre manuscrite, insérée dans une enveloppe avec un timbre dessus vous manquent? Allez, avouez-le, ne soyez pas timide, ça restera entre nous, c'est promis.