Vos résultats à des tests psychométriques révèlent un quotient intellectuel de 130? C'est fantastique! Mais peut-être n'avez-vous que 20 % du chemin de fait vers votre réussite sociale et professionnelle. Eh oui, l'intelligence émotionnelle tendrait à prendre du gallon pour discerner la capacité d'un individu à bien s'intégrer dans une entreprise et dans la société en général.


Quotient intellectuel et quotient émotionnel

Si des personnes à haut potentiel n'arrivent pas à définir leur place sur les plans professionnel et social, si elles peinent à se retrouver au cœur de l'action, si elles réussissent difficilement à développer un réseau de collaborateurs qui consentent à les appuyer, c'est peut-être que la douance ne suffit pas à mieux vivre sa vie.


Les recruteurs et évaluateurs de tous acabits ont longtemps mis sur un piédestal les capacités d'un individu à raisonner d'une façon logique, à trouver des solutions à des problèmes mathématiques complexes, à manier l'abstraction, à détenir de solides connaissances techniques, à posséder une culture générale étendue, bref à miser sur son intelligence dite rationnelle.


Puis, le concept d'intelligence émotionnelle (mis en lumière par Peter Salovey et John Mayer) a pris peu à peu sa place, sans toutefois détrôner complètement l'intelligence rationnelle, qui, dans certaines entreprises, demeure toujours l'instrument de mesure de prédilection de la performance.


Mais loin de s'opposer, les deux formes d'intelligence combinées offrent des conditions optimales pour bien vivre en société. Si les compétences intellectuelles comptent dans une vie réussie, la capacité à gérer efficacement ses émotions, à exprimer avec justesse ses sentiments, à rendre compte de ses griefs sans provoquer de friction, à s'adapter à diverses situations, à faire preuve d'empathie, à susciter la collaboration, à traiter ingénieusement les problèmes et désaccords comptent tout autant.


Il ne faut toutefois pas se méprendre. Posséder un quotient émotionnel élevé ne signifie pas faire montre d'une gentillesse à outrance ou d'une capacité à cacher sa colère dans le but de plaire. Ces sentiments mollassons font plutôt référence à un manque de confiance en soi, qui, contrairement à l'intelligence émotionnelle, ne font pas appel au leadership, au savoir-être, à la prise de décision stratégique.


Développer son QE

Si le quotient intellectuel devient plutôt statique à partir de l'adolescence, le quotient émotionnel, quant à lui, peut se développer, s'améliorer, évoluer tout au long de notre vie. Pour cela, il faut agir en tant qu'observateur de ses propres émotions afin d'être en mesure d'en prendre conscience, de les comprendre et de les contrôler. Par exemple, si la faiblesse observée se situe au niveau de la communication, trouver des moyens pour aller vers les autres constitue un premier bon pas vers l'amélioration et le changement.


L'intelligence, ce n'est pas seulement ce que mesurent les tests, c'est aussi ce qui leur échappe.

Edgar Morin