Samuel a travaillé pendant seulement 17 mois à titre de chargé de projet au service des communications d'une entreprise immobilière avant d'être promu au poste de directeur. Une bonne nouvelle… pour ceux qui ne sont pas atteints du syndrome de l'imposteur comme lui.


Lorsqu'il a été embauché, Samuel était convaincu que le recruteur s'était trompé et se demandait à quel moment il s'en rendrait compte. Autodidacte entouré de collaborateurs provenant d'écoles reconnues et bardés de diplômes, Samuel n’a pas suivi un cursus conventionnel. Il possède pour principal bagage des aptitudes supérieures à la moyenne, qu'il ne semble malheureusement pas prendre en considération. Il a donc toujours été persuadé de ne pas avoir les compétences requises pour exercer convenablement ses fonctions. Malgré le fait que les dirigeants de la boîte lui ont toujours ouvertement démontré leur satisfaction quant à ses résultats, il doute de ses qualités professionnelles. Le sentiment de trahir tous ceux qui lui font confiance lui colle à la peau.


Maintenant promu à un poste de cadre, il croit toujours qu'il ne mérite pas ses nouvelles attributions et que son patron se leurre sur ses réelles capacités. Il échouera, c'est certain, sera tôt ou tard démasqué et se couvrira de honte.


S'il arrive qu'on manque de compétence, le faux imposteur, lui, manque surtout de confiance...


Doute, quand tu nous tiens


C'est normal de douter, le doute constitue même l'un des plus sûrs moyens de se remettre en question... et en réponse. Pour les individus qui ne sont pas aux prises avec le syndrome de l'imposteur, le doute est bien dosé et transitoire. Pour ceux qui en souffrent, il s'agrippe et leur empoisonne l'existence.


Le doute conduit Samuel à ne pas reconnaître sa valeur, à se sous-estimer et à créer un décalage avec sa vraie personnalité. Il est excessivement sévère envers lui-même et exige de lui beaucoup plus que son patron. Il est perfectionniste et très critique envers la qualité du travail qu'il fournit. Lorsqu'il reçoit un compliment suite à un succès, plutôt que de simplement remercier son interlocuteur, il s'empresse de dire : « J'ai été chanceux », « Ce n'est pas grand-chose » ou bien « C'est normal, j'ai investi de nombreuses heures de travail dans ce projet » ou encore « J'ai reçu beaucoup d'aide de la part de mes collègues ». Il n'attribue jamais sa réussite à son talent. C'est dommage que sa confiance en lui ne progresse pas aussi rapidement que sa carrière...


La source du syndrome de l'imposteur


Plusieurs raisons peuvent expliquer le sentiment d'imposture. Pour ce qui est de Samuel, il croit qu'il prend sa source dans son milieu familial. « J'ai eu d'excellents parents, mais ils étaient exigeants outre mesure envers moi. Ce que je faisais ne les satisfaisait jamais, il fallait que je me dépasse constamment. Ma mère me disait que pour être accepté, il fallait donner plus que le client demandait. J'ai grandi en croyant que l'atteinte de l'excellence était la clé qui m'ouvrirait toutes les portes. Elle m'en a ouvert quelques-unes, c'est vrai... mais m'en a claqué brutalement d'autres au nez. »


Faire fi de la petite voix intérieure


Le syndrome de l'imposteur n'est pas anodin. Il peut nuire sérieusement à une carrière, d'autant plus que les incompétents imaginaires ne sont pas conscients de leur problème. « En début de carrière, dans la jeune vingtaine, je me suis souvent mis en situation d'échec à cause de ma soi-disant incompétence dont je me sentais coupable et qu'il me fallait à tout prix camoufler », avoue Samuel. « Ce n'était bien sûr qu'une vue de l'esprit mais les conséquences désastreuses étaient bien réelles. Heureusement, j'ai rencontré tout à fait par hasard une personne qui a percé à jour mon comportement et m'a servi de coach en quelque sorte. Il m'a appris à ignorer la petite voix intérieure qui m'incitait à tout arrêter avant que je ne me casse la figure. Il m'a aussi appris à mettre de l'avant mes bons coups, à être juste un petit peu plus prétentieux. En somme, son intervention m'a permis d'éviter de foutre en l'air mon avenir professionnel et peut-être même mon avenir tout court.