« Faire son possible », «l'essentiel n'est pas de gagner, mais de participer », « faire de son mieux », voilà des expressions bien rassurantes, orientées estime de soi plutôt qu'orientées résultats. Une fois qu'on a fait de son mieux, que peut-on demander de plus? Peut-on vraiment tenir rigueur à une personne qui fait de son mieux mais dont les performances sont tout de même décevantes? Oui!


On taira sa déception face à un écolier qui obtient un résultat de 57 % mais qui affirme avoir fait de son mieux. On gardera le silence vis-à-vis un collaborateur qui prétend toujours faire de son mieux malgré le fait que les rapports qu'il rédige atterrissent systématiquement dans le bac de recyclage. On ne saura que dire quand un ami nous informe qu'il met un terme à son programme de perfectionnement parce que trop exigeant, en soulignant qu'il a quand même fait de son mieux pour aller jusqu'au bout. Bref, quel que soit le résultat en bout de ligne, ce qui rend véritablement fier, c'est d'avoir fait de son mieux.


Bien entendu, nous devons tous faire de notre mieux. Mais doit-on s'en contenter? N'est-il pas plus édifiant de tenter de repousser ses limites plutôt que de les accepter? L'effort à consentir, parfois minime, pour y parvenir – la qualité n'étant souvent pas beaucoup plus ardue à offrir que la médiocrité – n'en vaut-il pas la peine?


Accepter de se hisser au-dessus de son mieux et de son possible pour atteindre l'excellence est pour le moins captivant. Et encourager quelqu'un d'autre à transgresser ses propres limites a des répercussions positives à ne pas sous-estimer pour les deux parties. Évidemment, il est prudent de veiller à prendre ses distances face au jugement de ceux que la haute voltige n'intéresse guère. Ils pourraient bien jeter un doute dans notre esprit en tentant de nous convaincre que la poursuite des sommets est vaine, parce que la société n'en a rien à cirer de l'excellence et qu'elle condamne même ceux qui prennent l'habitude d'en donner un peu plus que ce que le client demande.


On assiste aussi à un phénomène de plus en plus répandu qu'est le désir presque maladif d'éviter toute compétition, la crainte de se voir comparer à ses pairs. Des les premières années d'école, on s'ingénie à trouver des façons pour que les enfants soient traités de façon égale pour éviter les injustices. Le système d'évaluation au grand complet en a pris dès lors pour son rhume... et les élèves les plus doués aussi. Et de l'école au marché du travail, on retrouve cette même tendance de refus de récompenser les employés les plus qualifiés pour ne pas déstabiliser ceux qui font de leur mieux. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent, qu'ils réussissent ou qu'ils échouent, qu'ils fassent prospérer l'entreprise ou qu'ils ne lui fassent faire aucun profit, l'important c'est qu'ils bénéficient tous du même traitement. Quel beau geste!


Mais la réalité est tout autre. Les inégalités existent dans tous les domaines. Et ce n'est certainement pas en se détournant de la réussite en faisant juste de son mieux et seulement son possible, qu'on arrivera à les faire disparaître.