« On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre », pas plus qu'on attire des employés compétents avec des phrases toutes faites du genre « on est comme une grande famille » ou « vous allez voir, vous allez vous plaire ici » ou encore « on est une bien belle gang ». Plus personne, ou presque, ne mord désormais à cet appât.

Malgré ce que l'on croit, la rémunération, l'environnement sympathique et les avantages, quels qu'ils soient, rattachés à un poste n'arrivent pas en tête de liste des facteurs que prennent en considération les employés potentiels pour décider s'ils accepteront l'offre d'emploi qu'on leur propose ou pour les employés déjà en poste, s'ils partiront vers d'autres horizons. Parmi les éléments les plus attractifs et capables d'agir sur la fidélisation, c'est la nature du travail qui remporte la palme. Est-ce que les tâches qui me seront attribuées vont me permettre d'utiliser pleinement mes compétences et mes talents? Est-ce que ces mêmes tâches seront assez diversifiées pour m'empêcher de sombrer dans un ennui mortel? Les projets auxquels je participerai me procureront-ils des défis stimulants? Est-ce que les possibilités d'avancement sont réelles? Le niveau d'autonomie qu'on promet de m'autoriser sera-t-il suffisant pour moi? Bref, ce poste est-il à la hauteur de mes attentes?

Un employé clé, un employé performant n'acceptera de proposition de la part d'un employeur que s'il a répondu oui à toutes ces questions. Habituellement très sollicité, on ne l'attire pas avec des miettes. Il est donc essentiel pour un dirigeant de définir précisément le poste à pourvoir et de le présenter sans détour à la personne convoitée dès le premier entretien d'embauche. Parce que l'employé talentueux est du genre allumé et lucide, il veut savoir avec précision ce qu'on attend de lui. Le recruteur a par conséquent tout intérêt, tant pour l'entreprise qu'il représente que pour l'employé auquel elle s'intéresse, de décortiquer le poste à combler sans rien cacher, même si cela requiert de faire preuve d'une bonne dose d'humilité : points faibles de la société, inquiétude quant à une possible surqualification du candidat par rapport au mandat confié, marge de manœuvre dont il pourra bénéficier, attentes qui ne pourront être comblées, niveau de soutien qui pourra lui être offert, niveau de contrôle qui sera exercé sur lui. Il est important de garder en tête que le rejet d'une candidature ou d'une offre fait souvent moins de dégâts qu'une acceptation irréfléchie ou basée sur des données approximatives et mal établies.

Le candidat performant est réputé être solide, de sorte qu'il ne craint pas qu'on lui expose avec honnêteté les deux côtés de la médaille. C'est bien mal connaître ce type de personne et manquer de stratégie que de lui raconter des bobards pour tenter de l'attirer. Car si le premier facteur d'attraction d'un employé est la nature de son travail, le deuxième est la relation de confiance qu'il entretient avec ses supérieurs.

Faire partie d'une bien belle gang peut toujours attendre.