« Tout ce qui peut être fait un autre jour le peut être aujourd'hui » - Montaigne


En affaires, la procrastination a bien mauvaise presse. Les procrastinateurs semblent tous être des fainéants finis qui perdent leur temps et le font perdre aux autres, en se demandant pourquoi ils feraient maintenant ce qu'ils peuvent remettre à plus tard. Il va sans dire qu'ils n'ont pas la cote auprès de leur patron et exaspèrent leurs collègues qui s'esquintent à la tâche. Mais la procrastination, exercée avec stratégie, peut être bien plus utile qu'on le croit.


Laisser les idées macérer

Des périodes plus ou moins prolongées à ne rien faire permettent de donner du tonus à des idées qui peinent à éclore ou à mûrir dans le tourbillon de nos activités quotidiennes. Il n'est pas rare qu'une nouvelle méthode, une approche différente ou un projet en bouillonnement se développe à des moments de soi-disant inactivité. Ce temps passé à se la couler douce permet en outre de prévoir les obstacles susceptibles d'entraver la bonne conduite de nos tâches et de nos projets et de dresser un plan pour amortir les éventuels chocs. C'est un exercice plutôt difficile à réaliser lorsque le stress lié à la production et aux échéances vient appauvrir notre aptitude à réfléchir correctement.


Laisser libre cours à la créativité

Certaines personnes semblent très productives parce qu'elles déplacent de l'air. On a tendance à les admirer même si au final, les résultats sont la plupart du temps décevants et dépourvus d'originalité. Au moins elles s'activent dira-t-on, si on les compare aux procrastinateurs qui, eux, ne foutent rien. Mais procrastiner, c'est quand même faire quelque chose. C'est s'accorder un temps d'arrêt pour voir comment des idées qui semblent aux premiers abords complètement saugrenues peuvent s'adapter à la réalité et devenir profitables. C'est ralentir le pas et s'autoriser à penser hors de la boîte pour faire jaillir des façons de faire inédites. C'est s'immobiliser un instant pour laisser son esprit vagabonder à son aise. Bref, un ordre du jour somme toute assez chargé pour les procrastinateurs.


Laisser des secrets se révéler

La procrastination, sans en avoir l'air, pourrait aussi servir à nous faire comprendre certains aspects cachés de nous-mêmes face à notre travail. Est-ce que nous remettons les tâches qui nous sont confiées à plus tard parce qu'elles ne nous emballent pas ou plus? Il est peut-être alors grand temps de se secouer les puces pour rectifier le tir avant de mourir d'ennui. Est-ce que nous procrastinons parce que notre boulot quotidien nous enlise dans une routine déconcertante et sous-utilise nos talents? Qui sait si le moment n'est pas venu de passer à un autre appel et de partir à la recherche de missions plus exaltantes.


Mais voir la procrastination sous un œil nouveau ne signifie pas s'asseoir sur ses lauriers. Si remettre à plus tard nous empêche de faire un pas de plus vers notre réussite professionnelle et n'apporte aucune réponse à nos interrogations, il n'est plus question alors de procrastination efficace mais d'autosabotage, plus destructeur que salutaire.