Il y a de ces entretiens d'embauche beiges pendant lesquels des recruteurs beiges posent des questions pré-programmées, qui donnent envie de piquer une crise, de déguerpir ou de faire un petit roupillon. Fort heureusement, il y en a aussi qui sortent de l'ordinaire et qui vous obligent à faire travailler vos méninges.

L'entrevue constitue une étape importante, voire déterminante, lorsque vient le temps de sélectionner un candidat... et un employeur. Eh oui, un employeur, parce que ce dernier est aussi évalué lors de l'entretien d'embauche. Les recruteurs pressés, retardataires, mal préparés, les impolis qui consultent leurs courriels pendant l'entretien ou répondent à leurs appels, ceux qui posent des questions personnelles ou encore ceux qui se prennent pour Dieu le Père, irritent les chercheurs d'emploi qui peuvent conclure que si le recruteur manque de professionnalisme et d'éthique, il est probable que l'entreprise dans son ensemble en soit également dépourvue. La façon dont une rencontre est menée influence donc très souvent la décision d'un candidat de se joindre ou non à une entreprise.

Si le manque de professionnalisme et de considération des recruteurs semblent être de sérieux irritants pour les personnes qui se présentent en entrevue, ceux qui enchaînent les questions d'un ton monocorde comme s'ils récitaient un chapelet, n'ont pas non plus la cote. Que penser d'une firme quand on sort vidé, à moitié endormi, abruti, après un entretien d'embauche mené par l'un de ses représentants? Faut-il s'inquiéter d'être éventuellement contraint à travailler dans un environnement sans âme, sans tonus, où la moindre démonstration d'enthousiasme risque d'être perçue de travers?

«Parlez-nous un peu de vous», «Quel est le dernier diplôme que vous avez obtenu?», «Êtes-vous à l'aise de travailler en équipe?». Vous commencez à somnoler. «Quelles sont vos principales forces?», «Et vos faiblesses?», «Comment gérez-vous votre travail quotidien?». Vous retenez un bâillement. «À quel niveau se situent vos compétences linguistiques?», «Et vos compétences informatiques?», «Y a-t-il des tâches qui vous rebutent?» zzzzzzzzzzzzzz

Vous dormez à poings fermés et tout à coup, l'interviewer beige passe le micro à son collègue. «Aimez-vous recevoir des compliments?», «Quelle était la matière dans laquelle vous excelliez en première année de l'école primaire?». Vous vous secouez les puces, la discussion vient de prendre un virage inattendu. «Que pensez-vous des évaluations de rendement?», «Quelle serait votre réaction si on vous affirmait hors de tout doute que vous allez vivre jusqu'à 115 ans?». Là on commence à être en affaires. «Quelle est la dernière fois où l'une de vos idées a été retenue par votre supérieur hiérarchique?». Plus question de roupiller, il vous faut une réponse sensée. «Êtes-vous une personne originale?» Décidément, cet interviewer devrait donner un cours d'entretien d'embauche 101 à son fade confrère.

La question de la fin revient... au fade confrère. «Si l'on demandait à votre ancien patron de vous décrire, que dirait-il de vous?».

Il dirait qu'il est allergique aux entrevues soporifiques.