Le hasard fait bien les choses, dit-on. Mais encore faut-il que nos antennes soient en mode réception pour accueillir les éclairs d’inspiration surprenants et les idées parfois abracadabrantes qu’elles nous transmettent.


Vous croyez que les innovations, les inventions, les découvertes sont toujours le fruit d’une réflexion cartésienne, d’une stratégie bien définie, d’une analyse méticuleuse ou d’une recherche scientifique rigoureuse et structurée ? Pas toujours.


Le médecin américain Crawford Long aimait jouer aux cartes avec ses amis. Au début du 19e siècle, une mode chez les jeunes consistait à inhaler de l’éther pour produire un effet semblable à l’état d’ivresse. Le docteur Long avait remarqué que lorsque ses compagnons, ainsi intoxiqués, se cognaient contre un objet ou tombaient par terre, ils ne ressentaient aucune douleur. Il eut alors l’idée d’utiliser l’éther comme anesthésiant lors de ses opérations chirurgicales, idée qui produisit les effets escomptés.


En 1941, lors d’une balade dans le bois, l’ingénieur suisse George de Maestral constate que la bardane – sorte de plante à feuilles duvetées souvent confondue avec le chardon – reste accrochée à son pantalon de velours. Il examine attentivement les crochets de la plante puis son pantalon et, après plusieurs tentatives, malgré les allusions moqueuses de ses pairs, invente la bande auto-agrippante Velcro (VELours CROchet).


À l’instar des inventions du velcro et des propriétés anesthésiantes de l’éther, bon nombre de découvertes découlent du hasard, d’un heureux hasard, comme la pénicilline, le post-it, le four à micro-ondes, le Viagra. Plusieurs ont été faites alors qu’on ne cherchait pas ou qu’on cherchait tout autre chose, concept aussi appelé sérendipité.


Ouvrir ses oreilles, ses yeux et son esprit

En 1854, le scientifique français Louis Pasteur a dit : « Dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés ».


Pour provoquer la sérendipité, pour engendrer des découvertes inédites, laisser faire le hasard n’est pas suffisant. Les intellectuels, les chercheurs, les scientifiques et tous les créateurs en devenir qui veulent innover et recueillir les fruits de découvertes accidentelles ont intérêt à se placer dans des situations empreintes d’incertitude et d’instabilité, deux éléments essentiels de la créativité. C’est en déstabilisant un environnement familier, un quotidien connu, c’est en faisant les choses autrement que l’inventeur peut parvenir à traquer des possibilités non identifiées, reconnaître par l’observation les incohérences et les anomalies, parfois subtiles, de la vie courante auxquelles le commun des mortels n’auraient pas prêté attention ou n’y auraient vu aucun intérêt. Mais bien qu’elle constitue un phénomène naturel et inévitable, l’incertitude, on le sait déjà, est éprouvante et est souvent considérée comme l’ennemi à abattre. Mais sans elle, toute évolution est compromise, voire impossible.


S’il ne fait aucun doute que plusieurs circonstances involontaires, telles la distraction, le rêve, le lapsus ou l’acte manqué ouvrent la voie à d’heureux hasards, la personne tournée vers la sérendipité ne se fiera pas seulement à ces facteurs mais aussi à l’intelligence et à l’intuition qu’elle possède pour reconnaître l’intéressante opportunité qui lui est offerte et à sa capacité de l’exploiter.